Imaginez un énième avatar de télé-réalité genre 1ère compagnie où le terrain de « jeu » est un bateau pirate au lieu d’une jungle. Prenez un seul « fils de » en guise de candidats « pipeuls » et entourez-le d’une bande de clones disposés à renier père et mère et à se soumettre à toutes les épreuves pour l’appât du gain et de la gloire. Vous obtenez le décor burlesque et parodique de cet Objectif bigorneau vraiment poilant.

Devenir pirate en dix leçons

Martin est donc un jeune Candide envoyé en apprentissage chez les pirates par son papa le terrible Aldebaran le sanguinaire (Un clin d’œil à le série signée Léo ?). Notre Bleu est impatient d’en découdre mais Horace le Teigneux, censé l’initier aux arts de l’abordage et du pillage semble être un précurseur de la doctrine de Gandhi plutôt qu’un adepte de la méthode de Barberousse. Martin, en ado rebelle et inconscient qui se respecte, décide de ruer dans les brancards et lance une attaque seul du Santa Concepcion de Esperanza, LE plus redoutable chasseur de pirates ! Sa fougue est maladroite mais payante puisqu’il parvient, à l’insu de son plein gré, à occire le Capitaine du majestueux galion pour prendre la tête de l’équipage. Le voilà maître à bord, sous l’œil inquisiteur d’un évangéliste calculateur, avec pour mission : convertir l’équipage en pirates dignes de ce nom et pour objectif, l’île Bigorneau où se cacherait un trésor… Le lecteur se délecte alors en découvrant les différentes étapes de conversion proposées aux postulants. Chaque stagiaire est soumis à des règles strictes. La tenue d’abord avec port obligatoire de haillons ; l’assimilation du langage et ses subtilités : ne pas dire « j’vais vous mettre les tripes au soleil » mais « j’vas vous mettre la tripaille au soleil » ; la mutilation : un vrai pirate arbore jambe de bois, crochet, œil bandé ( ou yeux bandés pour les purs et durs !) ; l’hygiène corporelle la plus douteuse est bien sûr recommandée et pour finir troquer son prénom trop conventionnel contre des sobriquets bien pensés. Le jeune Martin, pas franchement aguerri dans la piraterie, va vite être dépassé par sa mission. Sa petite troupe se lasse peu à peu de la théorie et des concours d’étendards et entend bien se livrer à quelque acte de barbarie. Façon Frankenstein, le Pygmalion en culottes courtes va devoir faire face à son engeance…

Bon d’accord, cette épopée initiatrice s’empiffre à l’envi des clichés de la flibuste, mais ici tout le monde en prend pour son grade : Conquistadors, pirates, clergé et même les anthropophages… mais pour eux cela se termine vraiment très très mal. Normal ce petit côté gore et grinçant quand on sait que Tomas Estienne sévissait il y a encore peu dans les revues Psikopat et Fluide Glacial… Plus extrême que Koh Lanta, plus roots que La ferme et plus strict que la Star Ac, Martin l’apprenti pirate est la série à suivre ! Alors Lecteur, pour voter Martin, achète le 1.

Martin l’apprenti pirate
T.1 Objectif bigorneau, Dutreix & Estienne
Casterman. Coll. Première ligne