La piraterie pour les Nuls par Dutreix et Estienne
Par Cécile le mardi 16 janvier 2007, 16:04 - bande dessinée - Lien permanent
Avec un titre qui sonne comme une parodie
d’émission de télé-réalité, Objectif bigorneau hisse le pavillon du
premier tome de la série Martin l’apprenti pirate
paru chez Casterman.
Les auteurs Dutreix et Estienne nous embarquent dans les coulisses de la
piraterie et nous font découvrir le dur apprentissage d’une horde de gaillards
prêts à tout pour écumer les mers dans la parfaite panoplie du pirate
sanguinaire. Tout simplement désopilant, un album indispensable pour aborder la
flibusterie dans sa version contemporaine.
Imaginez un énième avatar de télé-réalité genre 1ère compagnie où le terrain
de « jeu » est un bateau pirate au lieu d’une jungle. Prenez un seul
« fils de » en guise de candidats « pipeuls » et
entourez-le d’une bande de clones disposés à renier père et mère et à se
soumettre à toutes les épreuves pour l’appât du gain et de la gloire. Vous
obtenez le décor burlesque et parodique de cet Objectif bigorneau vraiment
poilant.
Devenir pirate en dix leçons
Martin est donc un jeune Candide envoyé en apprentissage chez les pirates par
son papa le terrible Aldebaran le sanguinaire (Un clin d’œil à le série signée
Léo ?). Notre Bleu est impatient d’en découdre mais Horace le Teigneux, censé
l’initier aux arts de l’abordage et du pillage semble être un précurseur de la
doctrine de Gandhi plutôt qu’un adepte de la méthode de Barberousse. Martin, en
ado rebelle et inconscient qui se respecte, décide de ruer dans les brancards
et lance une attaque seul du Santa Concepcion de Esperanza, LE plus redoutable
chasseur de pirates ! Sa fougue est maladroite mais payante puisqu’il
parvient, à l’insu de son plein gré, à occire le Capitaine du majestueux galion
pour prendre la tête de l’équipage. Le voilà maître à bord, sous l’œil
inquisiteur d’un évangéliste calculateur, avec pour mission : convertir
l’équipage en pirates dignes de ce nom et pour objectif, l’île Bigorneau où se
cacherait un trésor… Le lecteur se délecte alors en découvrant les différentes
étapes de conversion proposées aux postulants. Chaque stagiaire est soumis à
des règles strictes. La tenue d’abord avec port obligatoire de haillons ;
l’assimilation du langage et ses subtilités : ne pas dire « j’vais
vous mettre les tripes au soleil » mais « j’vas vous mettre la
tripaille au soleil » ; la mutilation : un vrai pirate arbore jambe
de bois, crochet, œil bandé ( ou yeux bandés pour les purs et durs !) ;
l’hygiène corporelle la plus douteuse est bien sûr recommandée et pour finir
troquer son prénom trop conventionnel contre des sobriquets bien pensés. Le
jeune Martin, pas franchement aguerri dans la piraterie, va vite être dépassé
par sa mission. Sa petite troupe se lasse peu à peu de la théorie et des
concours d’étendards et entend bien se livrer à quelque acte de barbarie. Façon
Frankenstein, le Pygmalion en culottes courtes va devoir faire face à son
engeance…
Bon d’accord, cette épopée initiatrice s’empiffre à l’envi des clichés de la
flibuste, mais ici tout le monde en prend pour son grade : Conquistadors,
pirates, clergé et même les anthropophages… mais pour eux cela se termine
vraiment très très mal. Normal ce petit côté gore et grinçant quand on sait que
Tomas Estienne sévissait il y a encore peu dans les revues Psikopat et Fluide
Glacial… Plus extrême que Koh Lanta, plus roots que La ferme et plus strict que
la Star Ac, Martin l’apprenti pirate est la série à suivre ! Alors
Lecteur, pour voter Martin, achète le 1.
Martin l’apprenti pirate
T.1 Objectif bigorneau, Dutreix & Estienne
Casterman. Coll. Première ligne
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