Blue aborde certes les rivages parfois incertains de la jeunesse nipponne et de la sexualité féminine, mais bien loin des clichés d’une bluette sentimentale. Les silhouettes sont des esquisses, les visages des épures et les sentiments naissants et ambigus sont évoqués avec pudeur et délicatesse. S’il est parfois difficile de distinguer les différentes figures féminines les unes des autres, tant le trait est léger, le récit de cette amitié qui se mue en histoire d’amour entre deux lycéennes, est doté d’une forte sensualité. De gros plans en cases totalement noire ou blanche dont seuls les dialogues sont visibles, Kiriko Nananan nous fait pénétrer les arcanes des tourments adolescents face à la complexité des sentiments amoureux.

Ici, il n’est pas question de coming-out comme dans Love my life d’Ebine Yamaji une autre mangaka prometteuse de cette génération, mais bien d’une parenthèse enchantée de l’adolescence avec son lot de secrets, de passion mais aussi de sacrifices et de refoulements. Un dilemme se dessine, suivre la destinée que l’autorité traditionaliste parentale exige ou revendiquer sa liberté individuelle en dépit d’une éthique japonaise encore étriquée envers les femmes. Comme dans un rêve aux contours flous, Blue propose une douce et cotonneuse plongée dans l’indigo des souvenirs, d’une mélancolie teintée du bleu des uniformes des lycéennes japonaises.

Blue
Kiriko Nananan
Editions Casterman - Collection Sakka