Grand Ours de François Place
Par Cécile le samedi 2 juin 2007, 10:09 - livre jeunesse - Lien permanent
Il y a des livres d’exception que
l’on aimerait voir dans toutes les mains, qu’elles soient petites et
hésitantes, jeunes et gourmandes, maternelles et tendres, paternelles et
fringantes jusqu’à celles un peu fatiguées et tremblantes. Il y a des griots
sans pays qui dessinent leur voix au crayon pour que voyagent leurs contes à
fleur de pages. Il y a le dernier album de François Place, imposant et
impressionnant qui nous raconte le commencement du monde. Ouvrez Grand ours et
vous entendrez la musique originelle de l’humanité primitive.
François Place est plus encore qu’un
dessinateur, il est un donneur de son, un passeur de mots et un montreur de
couleurs. La magie des premières phrases de son Grand ours opère immédiatement.
Le lecteur se surprend à les dire à haute voix. Page après page, la formule
s’impose indubitablement, la lecture ne peut pas être silencieuse. Avec ou sans
auditoire, le récit prend toute sa dimension à la musique des mots, prononcés
lentement et distinctement au rythme de la respiration. Il n’y a rien là de
solennel mais cette histoire sonne comme une vieille légende de l’humanité, un
récit primitif et mythique à l’aune du commencement du monde, quand les hommes
s’appelaient les « marche-debout ». Kaor est l’un d’entre eux et très
vite, comme tous les petits garçons du monde qui se sentent devenir grand, il
veut que son clan soit fier de lui. C’est décidé, il ira lui aussi chasser les
têtes boisées. Mais il suffira qu’il croise le regard de Tanda, la grande
femelle blanche pour que sa destinée bascule, protégée par l’esprit
bienveillant de Grand ours. Chaque rencontre, chaque élément, chaque épreuve
donneront sens à l’existence de Kaor et à son accomplissement.
Nous sommes tous des marche-debout
Ce très bel ouvrage de l’excellente collection « Les albums
Duculot » paru chez Casterman, fait la part belle au chamanisme primitif
grâce à l’esprit protecteur de Grand ours qui intervient dans le récit comme
une voix-off, un narrateur omniscient, la conscience latente du jeune Kaor. Ce
petit marche-debout saura ainsi accéder à l’essentiel et accueillera
l’initiation du vieux Frân comme une révélation : « Il t’apprendra à
parler aux esprits animaux. Il t’apprendra à faire venir leur image. Reste
auprès de lui, apprends, et tu deviendras un grand sage parmi les marche-debout
». Ainsi parle Grand ours lorsque Kaor découvre la peinture rupestre dans la
bouche de la terre, à la lueur d’une flamme dansante. Nous sommes tous certes
des descendants des « marche-debout », mais François Place lui est
peut-être un fils de Kaor. Par la justesse de son texte mais surtout par la
magie de ses dessins, ici devenus de véritables fresques, il ne trahit
nullement sa tendresse et le regard tout particulier qu’il porte sur la nature
et les animaux, déclinés magnifiquement à chaque ouvrage paru : Siam,
Barbababor, Le fleuve Wallawa et tous les volumes de l’Atlas des géographes
d’Orbae. Grand ours est un conte profond et juste, qu’enfants, parents et
grands-parents pourront raconter, pourquoi pas autour d’une fleur de feu…
Grand Ours
François Place
Casterman, coll. Les albums Duculot
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