La Mémoire dans les poches - T.1
Par Cécile le vendredi 8 juin 2007, 15:09 - bande dessinée - Lien permanent
Chronique d'une haine ordinaire
racontée par Le Roux et Brunschwig. Futuropolis sait mettre en valeurs l’œuvre
de ses auteurs et dessinateurs à travers l’élaboration de l’objet-livre comme
le démontre notamment : La mémoire dans les poches d’Etienne Le
Roux et Luc Brunschwig. Du choix de la couverture à celui du papier, tout
participe à proposer un décor intimiste et mélancolique pour cette fiction
subtile et humaniste dont on découvre ici la première partie.
La couverture forme à elle seule un véritable incipit. Une rue déserte
bordée de voitures stationnées traverse une cité d’HLM. Il pleut. Quelques
halots de lampadaires balisent le chemin d’un homme un peu voûté et de son
chien. Un léger vent balaye le triste imperméable de l’homme à la casquette que
l’on découvre de dos. Part-il ou revient-il ? Et puis il y a le titre qui
s’étale sur la route comme une légende pour ce vieux bonhomme aux mains vissées
à ses poches. Peut-être y cache t-il un peu de sa mémoire, les doigts serrés
sur quelque objet coincé dans l’écrin du tissu, comme les fétiches d’un passé
dont il est nostalgique ? Ou s’agit-il d’une mémoire plus honteuse, mise
en pénitence dans ses poches, petits mitards étanches, noirs et muets sur
lesquels on pose les doigts comme sur une bouche cousue. La couverture est
nimbée d’une tonalité verte comme l’est encore la mémoire de Sidoine Letignal.
Car c’est de ce vieux monsieur que dépend toute l’histoire.
Un bébé braillard
en bandoulière, on découvre le vieil homme à la recherche désespérée de lait
nourricier. Il trouve refuge dans un petit café de quartier mais se trouve
alors contraint de lever le voile sur son drame et son histoire familiale. Mais
la sépia d’un passé jauni par la persécution des juifs vient teinter
ponctuellement les pages, comme la promesse d’une histoire à tiroirs où le
tabou et le mensonge ont la part belle.
La mémoire dans les poches est
subtilement construit, et même s’il est loin du genre, installe un suspense du
quotidien comme une énigme policière qui met le lecteur en haleine au fil des
planches. Ce scénario de Luc Brunschwig, construit autour de la déliquescence
d’une harmonie familiale apparente, ne saurait trouver meilleurs dessins et
couleurs que ceux d’Etienne Le Roux. Un récit en deux parties qui restera dans
la mémoire de ses lecteurs.
La Mémoire dans les poches
Première partie
Etienne Le Roux et Luc Brunschwig
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