Islande bandeauPhotographier l’Islande fut la réalisation d’un rêve ancien pour Jean Hervoche, amoureux des grands territoires vierges exempt d’âme humaine. Au cours de deux séjours en septembre 1999 et en mars 2001, il va vivre un choc et saisir les couleurs d’une terre tourmentées dans ses flancs mêmes. "L’Islande est un pays profondément anormal, sauvage et sans réelle végétation qui évoque les premiers jours de la Terre. La faille tectonique qui coupe l’Islande en deux est visible à certains endroits et l’on peut se positionner à cheval entre la plaque américaine et la plaque eurasienne, entre deux mondes. L’activité volcanique façonne l’île et modifie sans cesse le paysage. C’est un pays qui se fait et se défait sempiternellement avec une éruption environ tous les cinq ans. La taille colossale de chaque chose est angoissante et l’on ne sait plus si on est face à la beauté ou la laideur". L’Islande a émergé des flots à l’ère tertiaire et s’étend sur plus de 100 000 km2. Avec environ deux cents volcans, 10% du territoire est recouvert de laves post-glaciaires. Le territoire est donc en grande partie occupé par des paysages sauvages et lunaires dus à la présence des glaciers, grands lacs et volcans qui génèrent des déserts de lave, de neige ou de cendre. Ainsi les 275 000 âmes recensées sont concentrées en majorité dans les grandes villes, dont la capitale Reykjavik.

Les origines du monde

L’Islande, entre feu et glace, est un envoûtant album pour lequel Jean Hervoche a rédigé les textes qui accompagnent ce voyage dans un monde aussi féerique qu’inquiétant. Un prologue nous raconte ses chocs et son parcours initiatique tout d’abord au cœur des grands sites. C’est en 4X4 et avec un guide que le photographe tentera ensuite d’apprivoiser la lumière du massif de Landmannalaugar, les couleurs des glaciers et des lagons du sud-est. Les photos qui en résultent dévoilent des décors baroques enchâssés dans le camaïeu grisâtre de la lave et la cendre. Comme le dernier témoignage du chaos originel, désert, lac, feu, glace ou mer composent leur cosmogonie. Une plage de sable noir sur laquelle l’écume dessine une déchirure blanche et épaisse marque un trait d’union entre le liquide et la matière. Frontière mouvante qui cristallise l’intimité qui unie les deux éléments. La nature semble mener ses combats originels. La lave, alchimie de la matière, du feu et du froid, rivalise avec l’eau et creuse ses propres sillons. Ouranos et Gaïa déchaînent leurs forces et leur union donnent naissance à des monstruosités de la nature. Glaciers titanesques, geysers, fjords, soufrières, regs, icebergs ou déserts boutonneux et pelés forment le spectacle que Jean Hervoche nous transmet. Et de ce déchaînement d’éléments surgit parfois l’irréel, l’aurore boréale, la couleur issue du feu et de la glace. Rarement un album a permis de découvrir l’Islande en noir et blanc et de ressentir le caractère exceptionnel de ces terres aussi rudes que grandioses. Néant, chaos ou joyau, ce pays là montre que l’Homme peut encore se laisser surprendre par une Nature qu’il croit souvent toute entière maîtriser.

Islande, entre feu et glace
Textes et photographies de Jean Hervoche
Editions Terre de Brume