Islande, entre feu et glace
Par Cécile le lundi 16 avril 2007, 17:18 - beau livre - Lien permanent
Mais comment photographier le
néant ? C'est la question que s'est posée Jean Hervoche en découvrant
l’Islande et ses grands espaces tourmentés par la glace, la cendre et feu. Un
album de photographies qui déclinent par les éléments, les multiples facettes
d’une terre qui porte les stigmates du chaos originel.
Photographier l’Islande fut la
réalisation d’un rêve ancien pour Jean Hervoche, amoureux des grands
territoires vierges exempt d’âme humaine. Au cours de deux séjours en septembre
1999 et en mars 2001, il va vivre un choc et saisir les couleurs d’une terre
tourmentées dans ses flancs mêmes. "L’Islande est un pays profondément anormal,
sauvage et sans réelle végétation qui évoque les premiers jours de la Terre. La
faille tectonique qui coupe l’Islande en deux est visible à certains endroits
et l’on peut se positionner à cheval entre la plaque américaine et la plaque
eurasienne, entre deux mondes. L’activité volcanique façonne l’île et modifie
sans cesse le paysage. C’est un pays qui se fait et se défait sempiternellement
avec une éruption environ tous les cinq ans. La taille colossale de chaque
chose est angoissante et l’on ne sait plus si on est face à la beauté ou la
laideur". L’Islande a émergé des flots à l’ère tertiaire et s’étend sur plus de
100 000 km2. Avec environ deux cents volcans, 10% du territoire est recouvert
de laves post-glaciaires. Le territoire est donc en grande partie occupé par
des paysages sauvages et lunaires dus à la présence des glaciers, grands lacs
et volcans qui génèrent des déserts de lave, de neige ou de cendre. Ainsi les
275 000 âmes recensées sont concentrées en majorité dans les grandes villes,
dont la capitale Reykjavik.
Les origines du monde
L’Islande, entre feu et glace, est un envoûtant album pour lequel Jean Hervoche
a rédigé les textes qui accompagnent ce voyage dans un monde aussi féerique
qu’inquiétant. Un prologue nous raconte ses chocs et son parcours initiatique
tout d’abord au cœur des grands sites. C’est en 4X4 et avec un guide que le
photographe tentera ensuite d’apprivoiser la lumière du massif de
Landmannalaugar, les couleurs des glaciers et des lagons du sud-est. Les photos
qui en résultent dévoilent des décors baroques enchâssés dans le camaïeu
grisâtre de la lave et la cendre. Comme le dernier témoignage du chaos
originel, désert, lac, feu, glace ou mer composent leur cosmogonie. Une plage
de sable noir sur laquelle l’écume dessine une déchirure blanche et épaisse
marque un trait d’union entre le liquide et la matière. Frontière mouvante qui
cristallise l’intimité qui unie les deux éléments. La nature semble mener ses
combats originels. La lave, alchimie de la matière, du feu et du froid,
rivalise avec l’eau et creuse ses propres sillons. Ouranos et Gaïa déchaînent
leurs forces et leur union donnent naissance à des monstruosités de la nature.
Glaciers titanesques, geysers, fjords, soufrières, regs, icebergs ou déserts
boutonneux et pelés forment le spectacle que Jean Hervoche nous transmet. Et de
ce déchaînement d’éléments surgit parfois l’irréel, l’aurore boréale, la
couleur issue du feu et de la glace. Rarement un album a permis de découvrir
l’Islande en noir et blanc et de ressentir le caractère exceptionnel de ces
terres aussi rudes que grandioses. Néant, chaos ou joyau, ce pays là montre que
l’Homme peut encore se laisser surprendre par une Nature qu’il croit souvent
toute entière maîtriser.
Islande, entre feu et glace
Textes et photographies de Jean Hervoche
Editions Terre de Brume
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