Sous forme d'un double journal, Isabelle Autissier nous plonge dans les arcanes de l'incroyable odyssée de Peter March, navigateur amateur qui se lança dans la première course autour du monde en solitaire et qui parvint à faire croire à sa victoire en inventant sa position. Le Golden Globe de 1969 eut son lot de surprises et de drames (abandon de Moitessier alors qu'il mène la course et suicide d'un concurrent...) mais ce roman ne se contente pas de nous raconter cet incroyable mensonge, il nous fait pénétrer l'intimité d'une conscience qui perd pied peu à peu et décide d'écrire ce qui devrait être à et non ce qui était. L'écriture épistolaire croisée choisie par l'auteur, tour à tour journal de bord de Peter March puis celui de sa fille des années après le drame, livre le lecteur à son empathie grandissante pour un homme qui semble suivre une implacable catabase. Seule la mer s'en souviendra n'est pas un simple roman de mer écrit par une navigatrice contrairement au traitement un peu hâtif que la presse en fait parfois. Peter March est tel le héros antique aux prises avec un destin qu'il ne maîtrise plus et Isabelle Autissier nous offre de belles pages de littérature dont la mer devient le décor de la tragique cosmogonie d'un homme seul plus que solitaire. Un roman à ne pas rater et une romancière à ne pas négliger...

Seule la mer s'en souviendra Isabelle Autissier Grasset, mai 2009